Crazy Lux Box

En travaux...

13 octobre 2009

Père Castor, racontes-nous une histoire

IMGP8678

Depuis quelques semaines déjà, je jouis d'un nouvel emploi au sein de la bibliothèque universitaire. Cette embauche inespérée s'accompagne d'élèments non négligeables, tels l'absence d'objectifs de vente (Merci France Télécom), l'absence d'une chef tyrannique (Merci Camaïeu), l'absence de onze heures de course journalières (merci la restauration). Ce n'est certes pas rempli de bonnes choses, mais les quelques mauvais points que sont la paie anorexique et le poids des chariots ne sont que des grains de poussières dans ce nouvel et fantastique univers.
Après tout, la bibliothèque Universitaire est ma seconde maison, depuis que je suis en L3. D'abord pour y travailler (je n'ai jamais emprunté un seul livre de toute ma licence). Puis, à mon arrivée à Nice, pour éplucher les millions de bouquins indispensables à l'élaboration d'un mémoire de recherche. Question de budget bien sûr, mais aussi question de logique, à quoi bon payer un livre dont ne vous servira que le petit 2 de grand 3 du chapitre 1, de la page 37 à la page 39 ? Un petit coup de photocopieuse et le monde est à vous.

Maintenant je ne me contente plus de lire les livres, je mène plein de folles activités différentes. Je trie les micro-films, qu'on nous emprunte une fois toutes les morts d'évèque, moins parce que c'est old-school que parce que l'utilisation de la nouvelle machine nécessite une formation de plusieurs semaines. Je récupère les mémoires et les thèses, que les étudiants souhaitent emprunter. J'en profite pour repérer ceux de mes copains pour les lire à mes heures perdues. Je m'occupe du pret également. Ca, c'est ce que je préfère. Je reçois les étudiants, derrière mon bureau, les vouvoie ou les tutoie selon qu'ils aient une tête d'étudiant ou d'enseignant, et je dois vous dire que ce n'est pas une chose facile vu l'âge de certains de mes comparses. Je me contente donc de tutoyer ceux qui sont suceptibles d'être dans ma tranche d'âge. Quand je les sens hésitant, je les attrappe avec un "que puis-je faire pour vous". Il faut signaler que cette phrase introductive sort tout droit des relations clients de France Télécom : c'est LA phrase que l'on doit vous dire à votre entrée en boutique, qui vous fait savoir que vous êtes bien dans une boutique de l'ex-service public et pas ailleurs. Quand je me suis surprise à débaler cette phrase à nos petits étudiants, je me suis rendu compte combien je resterai probablement marquée à vie par cette expérience, sans nier l'efficacité de la dite phrase. Quand ce sont des petits jeunes, je leur explique comment ça marche, combien de livres, où les trouver, pour combien de temps. J'essaie de faire des blagounettes, si tu rends le livre en retard il explose. Je valide les emprunts dans l'ordinateur, j'utilise les petits tampons que j'ai préalablement préparés à la bonne date, sur les petits papiers que j'ai préalablement pré-scotché (et oui quand il n'y a pas d'étudiants en detresse, on s'occupe comme on peut !). Je précise la date de rendu et zou. Parfois je réagis sur le livre "je l'ai lu, il est super".  Souvent ça les étonne, qu'on lise des essais pour le plaisir. Après, quand je leur conseille un autre bouquin ou un mémoire relatif au sujet de l'emprunt, ça les illumine, comme s'ils venaient de percer un petit peu le secret du grand labyrinthe de la BU et se mettaient enfin à discuter avec David Bowie. Cela permet au passage de repérer quelques bouquins sympas ; et hop, j'embarque "l'éducation des jeunes filles au XIXème siècle".

La seconde partie la plus importante du travail convient de ranger tous les ouvrages ramenés après emprunt. Après un pré-tri indispensable pour éviter de courir partout, je trimballe mon chariot telle Tatie Danièle son panier de course, sauf que moi c'est devant. La première fois, c'est dur. On ne sait pas, on hésite, on transpire, on a chaud, mal aux pieds, aux bras. On panique car notre pré-tri souffre des lacunes de notre nouveauté, et l'on se rend compte que le 944.032 n'est pas le 944/032 et que vous devez donc retraverser tout le rayon histoire pour vous retrouver nez à nez avec les paroles de Charles De Gaulle en douze volumes qui vous narguent. Le côté positif c'est qu'on devient vite incollable sur le sujet : histoire de l'art en N, histoire en 900, Philosophie en 100 et 200, la littérature en PQ, PC, PN, PT ou PR selon l'origine (en fait c'est facile), les sciences humaines en 300. Au bout d'un moment, on se surprend à dire "Infocom ? C'est en 302.2" ; "034 c'est un Que-sais-je", "Mais non, les PN supérieurs à 2500 sont au rayon cinéma, pas en littérature". Cette partie du travail a une légère tendance à vous rendre maniaque et à detester les étudiants. En effet, au moment de ranger un livre, votre regard de Steve Austin de la bibliothèque se rue sur une cote étrangère à cette étagère. KEUWA ce livre n'est pas à sa place, €Ù÷@@ d'étudiants indisciplinés. Vous le rangez donc à sa place en grommelant. C'est cependant plus un sauvetage qu'une vraie besogne, car un livre mal rangé est souvent un livre perdu, et le bonheur de remettre Daniel Bougnoux dans son rayon a quelque chose de rassurant. Car attention, il est impératif de traiter le livre avec respect. Un jour que j'ai quelque peu violenté Merleau-Ponty, le rayon entier m'est tombé sur la tête. Il paraît qu'au seuil de la mort, on voit défiler sa vie. J'ai à ce moment vu défiler tout l'élaboration de ma dissertation de Terminale sur son "discours sur la servitude volontaire". Ce n'est pas pareil, mais c'était au moins aussi traumatisant.
Après cinq semaines de rangement, il est amusant de constater certaines choses sur l'organisation de la bibliothèques et son utilisation par les étudiants. Avec mes camarades moniteurs (ex-titre officiel des employés étudiants à la BU, mais qui reste), nous partageons nos impressions et nous amusons des constats que nous pouvons tous faire, comme le classement étudiants les plus désordonnés.
En tête de notre classement, arrivent les Historiens. Déjà ce sont ceux qui laissent le plus souvent traîner les livres sur les tables après consultation ; mais à la limite, ce n'est pas un problème car nous les récupérons lors de nos rondes de rangements. Cependant, ils sont pris d'un élan de bonne volonté en cherchant à ranger eux-mêmes leurs livres... et là c'est le drame. Le nombre de livres égarés dans le rayon histoire (qui regroupe à lui tout seul un tiers du RDC de la BU) est ENORME. Les rayonnages sont toujours en vrac, les livres tombés à l'arrière. Je ne parle même pas du rayon "Histoire de l'Art" sont les imposants livres d'image sont en constant équilibre. Cette discipline introduit naturellement les seconds de notre classement puisqu'à échelle largement plus petite (un dixième du RDC), le rayon Géographie est lui aussi en état post-apocalyptique quasi-permanent. Le pire étant une revue de géographie généraliste qui, censée être classée par année dans des boîtes, n'était classé en rien du tout, les boîtes étant équipés de numéros dans le désordre également. Je pense que les historiens purs et durs sont trop frustrés d'être obligés de faire de la géographie en première et deuxième année, alors ils se vengent sur les livres. Le top trois se termine avec le rayon de Droit qui est pourtant minuscule (une seule étagère, genre sept mètres de long sur un mètre vingt de haut), mais même chose, les rayons sont toujours défoncés, dans le désordre, les livres éparpillés, posés sur la tête des livres difficilement casés...
Le rayon le mieux rangé reste probablement celui de la Religion, mais il faut dire que les livres sont tellement vieux que personne n'ose les toucher. Mention spéciale pour le rayon Psychologie - Logique qui est toujours dans un état impeccable, les livres parfaitement alignés, ce qui laisse supposer que soit personne ne touche jamais ce rayon, soit les étudiants en psycho-logique souffrent de TOC.

Franchement, je plains l'étudiant qui n'a jamais mis les pieds à la BU. C'est toujours l'aventure !

BU Wants You \o/

Posté par LuxBox à 16:02 - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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